La saison touche à sa fin, mais certainement pas
l’envie d’en découdre. Ce jeudi 17 septembre à 14 heures, les 47 duos engagés
dans la 6e édition de la Duo Concarneau quitteront la baie pour 300 milles de
course entre l’estuaire de la Loire, le parc éolien de l’île d’Yeu et la
pointe Bretagne, avant de revenir là où tout aura commencé. Pour cet
avant-dernier rendez-vous du calendrier Mini 6.50 2026, la Société des
Régates de Concarneau a choisi de laisser du champ aux marins : trois grands
points de passage obligatoires seulement et, entre eux, de l’espace pour
tracer sa route. Le tout dans un flux d’ouest à nord-ouest d’une quinzaine de
nœuds qui promet du jeu et quelques belles séquences de glisse. Avec 39
Séries, huit Protos et plusieurs tandems capables de jouer devant dans
chacune des deux catégories, la bataille promet de ne manquer à aucun étage.
D’autant que les derniers routages laissent entrevoir une course menée sur un
rythme soutenu : environ un jour et une dizaine d’heures pour les plus rapides,
attendus dès samedi matin à Concarneau.
Un « classico »
à jouer à fond
Après deux journées
consacrées aux contrôles des bateaux et à la confirmation des inscriptions,
la flotte aura vécu, hier mardi, un moment d’une tout autre nature. Plusieurs
concurrents ont rejoint sur l’eau les nombreuses familles de la voile réunies
en baie de Concarneau pour rendre hommage à Charlie Dalin, lui-même passé par
la Classe Mini au début de son parcours. Une parenthèse forcément
particulière avant de remettre, dès demain jeudi, la compétition au premier
plan. À 14 heures, les 94 marins entreront dans le vif du sujet. Direction le
sud, d’abord, puisque la boucle sera disputée dans le sens horaire. Première
cible : SN1, à l’entrée de l’estuaire de la Loire. Il faudra ensuite pousser
jusqu’au parc éolien de l’île d’Yeu avant de remettre le cap vers la
Bretagne, contourner les Pierres Vertes, au large de la pointe Saint-Mathieu,
puis redescendre vers Concarneau. Sur le papier, rien d’exotique pour des
marins qui connaissent par cœur une bonne partie de ces eaux. Mais c’est
justement ce qui fait le sel de l’exercice. Courants, effets de côte,
passages dans les cailloux, choix de trajectoire et enchaînement des allures
devraient maintenir les équipages en alerte presque permanente. Paul Cousin
résume parfaitement l’affaire : « C’est un classico ! On retrouve des
endroits où l’on navigue régulièrement. C’est un format que j’aime beaucoup :
c’est rapide et intense. »
En Série, du
monde au portillon
Associé sur Seven x
Seven (998) à Naho Takahara, avec laquelle il a disputé toutes les courses en
double de la saison, le Normand, vainqueur en titre de la fameuse Mini
Transat, ne vient d’ailleurs pas simplement profiter d’un dernier galop.
Cinquièmes de la Mini Fastnet puis deuxièmes de la Plastimo Lorient Mini, les
deux marins ont plusieurs fois approché la victoire sans parvenir à la
saisir. Cette fois, le message est limpide. « On vient avec l’envie
de gagner. Moi, je ne fais pas une course pour terminer troisième ! » Derrière
la formule, il y a aussi la volonté de boucler proprement une saison
construite autour de la progression de la Japonaise. « Naho a choisi
cette année de faire toutes les courses en double avec moi pour que je puisse
lui transmettre le maximum. Cette Duo Concarneau va clôturer tout le travail
que l’on a fait ensemble ces derniers mois, alors forcément, on a envie de
finir sur la meilleure note possible. » La concurrence, elle, ne
manque pas. Louise Comont et Joseph Cloarec connaissent parfaitement leur
Mini Fifty Fifty (994), mais aussi l’exercice : quatrièmes ensemble ici il y
a deux ans, ils affichent cette fois des ambitions à peine
dissimulées. « L’objectif, c’est le podium, ou mieux si c’est
possible ! On commence à vraiment bien fonctionner ensemble et on connaît
parfaitement le bateau, et ce sont des formats qu’on adore. Les courses
courtes, en double, c’est là qu’on prend le plus de plaisir et je pense que
c’est aussi là que l’on est le plus performants. » Meven Flao et
Hugo Cardon, sur Casper – Marin Breton (1025), feront également partie des
équipages à suivre. Troisième du Trophée Marie-Agnès Péron et de la Pornichet
Select cette saison, Meven retrouvera un terrain qu’il maîtrise, mais avec un
partenaire inédit en régate. « Avec Hugo, on a déjà navigué ensemble
mais jamais couru ensemble. Mon objectif cette saison était beaucoup de
progresser, notamment en naviguant avec des gens différents. Lui a de
l’expérience, on s’entend bien et il est très bon. Le but, c’est de faire du
mieux possible, mais aussi de prendre du plaisir. Ça va être intense et ça
promet une belle bataille. »

Une nouvelle
monture à apprivoiser
Dans cette flotte de 39
Séries où les équipages capables de se mêler au match sont nombreux, une
autre paire attirera forcément les regards : Pierrig de Kerdrel et Hervé
Fichou. Leur Lipig II (1038), un Maxi 6.50 tout juste acquis, est tellement
nouveau entre leurs mains que Pierrig n’est monté à bord pour la première
fois que cette semaine. Autant dire que les 300 milles à venir feront office
de séance d’apprentissage grandeur nature. « On sait qu’il y a un
gros niveau et que les autres ont déjà beaucoup travaillé sur leurs bateaux.
Nous, on va commencer par essayer de comprendre comment celui-ci fonctionne !
Le but reste de faire du mieux possible et de voir ce que ça donne sans
s’être jamais entraînés à bord. » Pas question pour autant de subir
cette découverte. Habitué à passer d’un support à l’autre, Pierrig sort tout
juste de L’Aventura en Figaro Beneteau et se réjouit de retrouver un exercice
où chaque mille peut apporter une réponse. « Je n’ai jamais fait la
Duo Concarneau et j’adore naviguer dans les cailloux. Avec les courants et
tout ce qu’il y a à gérer, ça va être génial. Sur un format comme celui-là,
on est au taquet tout le temps. » Le duo aura immédiatement de quoi
situer son nouveau Maxi face à une opposition bien affûtée. Outre Seven x
Seven, Casper – Marin Breton et Mini Fifty Fifty, plusieurs bateaux peuvent
prétendre aux premières places et, sur un format aussi ramassé, la moindre
hésitation risque de coûter cher. De quoi nourrir une bataille où la
connaissance du bateau pèsera autant que la capacité à lire le plan d’eau et
à rester propre dans les manœuvres.

Des Protos qui
ont des arguments
Chez les huit
Protos, la quantité n’enlève rien à la qualité. « Il n’y a pas grand
monde, mais ce n’est pas pour autant qu’il n’y a pas un très bon niveau »,
prévient Thaïs Le Cam. Associée à Lionel Zürcher sur Penelope Pussycat
(1068), elle connaît suffisamment bien ses adversaires pour savoir que chacun
dispose d’armes différentes. Et c’est précisément ce qui pourrait rendre le
match passionnant. « Chacun a ses petits atouts. Ça va être
intéressant. » Parmi les tandems les plus attendus figurent Koki
Sawada et Hajime Kokumai sur DGM MORI Sailing Academy 2. Le jeune Japonais
arrive à Concarneau fort d’une saison en solitaire particulièrement
régulière, ponctuée notamment de deux deuxièmes places, sur la Pornichet
Select puis, plus récemment, sur la Mini Atlantique. Robinson Pozzoli,
vainqueur de la Duo Concarneau en 2022 aux côtés d’Arno Biston et habitué des
podiums en Mini, retrouvera lui aussi l’épreuve, cette fois associé à
Eléanore Delbecq Charrier (1026 – Uoum).
Les foilers ont
leur carte à jouer
Mais une bonne partie des regards se portera forcément vers le
1044 Brets – Le Don de Sang. Matéo Lavauzelle et Elouan Barnaud disputeront
leur première course depuis un chantier d’envergure qui a profondément fait évoluer
le bateau surnommé « la Chips ». Désormais doté d’une quille pivotante et de
grands foils, le monocoque sera l’un des deux foilers au départ avec le 716
de Loïc Ramuz (Foiler 716). Et avec un vent médium annoncé, les conditions
pourraient rapidement offrir à ces appendices un terrain d’expression
particulièrement intéressant. Thaïs Le Cam, qui connaît bien Matéo comme le
bateau, ne s’y trompe pas : « Avec son nouveau système de quille, je
pense qu’il peut être un candidat sérieux, notamment sur les grands bords de
reaching. » Une inconnue demeure toutefois : après autant de
transformations, il faudra apprendre vite, valider les nouveaux systèmes en
situation réelle et trouver les bons modes sans laisser les concurrents
s’échapper. Sur une course aussi courte, l’apprentissage se fera chronomètre
en main. Une équation qui résume assez bien cette dernière grande
confrontation en double de la saison : certains arrivent avec des
automatismes parfaitement rodés, d’autres avec encore quelques réponses à
trouver, mais tous auront les mêmes 300 milles pour faire la différence. Une
grosse trentaine d’heures et pratiquement aucun temps mort : à l’heure où la
saison entre dans sa dernière ligne droite, il reste encore une belle
bataille à livrer.
